La nouvelle marine de Loire
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Bernard Garet sur la petite Françoise©Desjeux

  Nos rapports avec la Loire sont une longue histoire d’amour. Dès 1977, nous publions dans Grands Reportages « La Loire en son miroir », avec un texte spécialement écrit par Maurice Genevoix : une rencontre émouvante. Et puis il y eut ces projets de barrages dont la seule idée provoqua l’émotion de tout le peuple de Loire. Nous avons essayé d’informer, inlassablement, dans la presse magazine, publié des livres - La Rivière de Loire en 1983, Au Nom de la Loire en 1998-, tirant des sonnettes d’alarme, donnant les opinions des uns et des autres. Peu à peu le champ de bataille s’est transformé en champ de travail grâce à la qualité des acteurs. Et c’est avec une belle unanimité que chacun contribue au Plan Loire grandeur nature. En 1991, nous participons avec Vent de Travers et quelques joyeux mariniers à la première grande descente de Roanne à Nantes d’un futreau traditionnel puis, l’année suivante, nous allons de Saumur à Brest sur la gabare Pascal-Carole : prolongements “en vrai” d’un travail sur la marine de Loire commencé dès le début des années 1980, sous le regard bienveillant de Germaine Biton. Depuis, il faut bien l’admettre, nous sommes un peu débordés, et c’est bien ainsi, par la pléthore des bateaux sur la Loire, sur ce grand fleuve de lumière qui, comme l’écrit Maurice Genevoix, coule sans cesse et pourtant est toujours là.
  Une exposition géante sur des baches de 1,20mx1,80 racontant l’épopée de la nouvelle marine de Loire.
 
Non, ce n’est pas possible, le plus beau fleuve de France ne peut tourner le dos à son passé. Les mariniers ont transporté pendant des siècles tout ce qui était nécessaire aux développements économique et culturel : les matériaux de construction, le charbon, le bois, les étoffes, le foin, mais aussi le vin, des chansons, des rires et des larmes. Ils ont permis la construction des villes, des châteaux de la Loire. Non, ce n’est pas possible ! C’est ce que dirent quelques Ligériens en regardant les anneaux d’ancrage sur les quais, en devinant sous le pont l’arche marinière, nom magique, rite de passage entre l’homme et l’élément, connivence sacrée avec les forces telluriques. Ils ont rêvé du reflet argenté de l’eau frissonnant sous les étoiles un soir de pleine lune. Alors que les gestes anciens étaient presque oubliés, ils ont reconstruit des bateaux, retrouvé l’herminette, choisi les arbres en forêt, installé de nouveaux chantiers. Leurs bords, montés à clin, sont en pin et les râbles d’un seul tenant en chêne, choisis sur pied. Chaque charpentier a son tour de main pour cintrer les bords, sa technique pour lever le « nez » du bateau en le chauffant. Aucun plan à priori, mais une logique enfouie dans une mémoire inconsciente, un savoir-faire hérité du fleuve. Malgré tout, les boulons tiennent parfois les clins et les moteurs hors bord montrent les limites d’une navigation à la voile. La Loire reste un fleuve vivant avec ses crues et ses colères, ses étiages et ses langueurs. Le vieux gréement est l’héritier d’une longue complicité avec la nature et les paysages. La plupart des bateaux ont été construits par des gens qui portaient en eux cette logique, celle de la « pissée d’eau », du chenal, des bans de sable, refuges de la sterne pierregarin, des hautes eaux les jours de crue. Ils ont repris la bourde, la piautre, hissé la voile au guinda, en chantant à la santé de la Loire. Grandes gueules, hableurs, vantards, poètes, « acharnistes », ils ont tous construit le plus beau bateau, le plus authentique, le seul, l’unique, le vrai. C’est ainsi qu’est née en quelques années une petite communauté hétéroclite de mariniers. Jamais, de mémoire de Ligérien, on avait vu autant de vieux gréements. Ces embarcations traditionnelles, gabares, coches d’eau, futreaux, gréées comme les knarrs vikings avec de grandes voiles blanches carrées, sont un défi archaïque aux lois de la navigation. Elles se blotissent les unes contre les autres le long du quai, se donnent des airs d’autrefois, avant de s’élancer joyeuses dans le vent et le soleil. Le petit futreau Port-Ligny, reconstruit pour le port-musée du Rhu à Douarnenez, gonfla le premier sa voile blanche. Puis vinrent dans une liste incomplète et désordonnée Vert vert, Montjeannaise, Pascal-Carole, Val de Vienne, Petite Françoise, Gaillarde, Saponaria, Remy des Rauches, Incroyable Esox, Etienne Bury, Baraquai, Bacbuc... En 1991, le futreau Saint-Jacques refait la grande descente de Roanne à Nantes. L’année suivante, une flotille de bateaux de Loire se rend au grand rassemblement des vieux gréements par le canal de Nantes à Brest. La traversée de la rade est périlleuse, montrant la limite de navigabilité de ces embarcations à fond plat, sans dérive, et dont la voile ne permet pas de tirer des bords. Ces vrai, ces embarcations sont faites sur mesure pour la Loire. Elles ont su s’adapter à ses vagabondages et toute la science du marinier consiste à « lire l’eau », à reconnaître le chenal principal qui serpente, à éviter les culs de grève, les digues submersibles et les mille et une embûches, à utiliser au mieux les vents de mar (sud-ouest) ou de galarne (nord-ouest). C’est là le principal intérêt des bateaux d’aujourd’hui : comprendre et aimer ce fleuve, donner à boire du vin et à voir du beau, retrouver les gestes essentiels, l’odeur du bois nourri au coaltar, la rugosité des cordages, la violence d’un coup de bourde au passage d’un pont, la tranquillité d’un petit matin complice d’un vol de canard colverts dans la brume. Aujourd’hui, il nous reste dans les anciens petits ports un parfum d’ailleurs... Sur le bord de la Loire, Papi Pierre regarde vivre le fleuve. Un petit enfant s’approche de lui : “Dis monsieur, je peux monter sur ton bateau ?” Pour la première fois l’enfant sentit l’odeur du bois et des cordages. Pour la première fois, il sentit vibrer sous ses pieds cette rivière que les anciens appelaient “le Paradis”. Bernard Desjeux
 
EXPOSITIONS
 Noirs et blancs, miroir du je, jeux de miroir
 Instants d’années, village de Brinon-sur-Sauldre, Sologne
 Seine de vies, la culture du fleuve
 Niger-Loire du 1er au 15 juin 2013 Médiathèque Marie curie, Saint-Michel-sur-Orge
 Vaudou et Orisha, la voix des dieux. Hommage à Pierre Verger
 Exposition Niger-Loire, Fleuves de vie
 Aux pays du Berry
 Fleuve Niger, cœur du Mali
 Senegal
 Un monde à visage humain
 Méditerranées, bleu comme une olive
 Mali
 La Sologne chemin faisan ...
 J’ai droit à un cartable
 Maman !
 La nouvelle marine de Loire
 Noirs et blancs
 Touaregs
 Au nom de la Loire
 Afrique beauté
 Plateau d’images, autour du film la Genèse
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